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Izabela Kowalczyk

plasticienne

 

http://izabelakowalczyk.free.fr

izabelakowalczyk@free.fr

Izabela Kowalczyk : Book

Quand il s’agit de parler de son travail, Izabela Kowalczyk tient à distance l’imaginaire et les interprétations. Cela regarde surtout le regardeur. Elle-même a ses propres « histoires Â», basées sur la mémoire affective, les souvenirs, l’expérience intime. Cependant les pièces, gravures, peintures, objets se situent ailleurs. Quand elle évoque du bout des doigts leurs significations c’est pour les désigner comme prétextes. L’enjeu de son travail ne serait pas tant sémantique que plastique. Néanmoins le contenu ne peut être seulement formel. Une forme, même si elle prétend à l’abstraction, est toujours susceptible d’accrocher des représentations.

Ce dont parle volontiers Izabela Kowalczyk c’est du processus de fabrication, de la manipulation d’éléments découpés, de la façon dont des motifs prosaïques ressortant du vocabulaire de la nature morte (chaises, tables, vaisselle) ou de l’architecture, sont emmenés ailleurs, mis en balance entre motifs encore reconnaissables et formes purement plastiques, de la création d’espaces à partir de formes bidimensionnelles, de plans qui s’interpénètrent, du rapport de la forme à l’espace du tableau.

La méthode de travail d’Izabela Kowalczyk est en partie née de ses expérimentations en gravure. Elle s’intéresse au rendu des images imprimées, présent dans son travail pictural à travers l’utilisation du pochoir et l’application de la peinture au rouleau. Ce traitement évoque en particulier des techniques d’impression en relief telles que la lithographie et la linogravure. Il approche également le monotype.

La phase préparatoire des images, un travail de découpage et de collage commun aux gravures et aux peintures, occupe une place privilégiée dans le processus de création. Pendant cette étape qui est celle de la création proprement dite, mélange d’une longue recherche et de rares et heureux accidents, le tableau vient. Pour que cela puisse arriver un évènement plastique doit naître du rapport des formes à l’espace du tableau. Les formes ont un « poids Â», une présence, qui dépend de leur emplacement dans la composition. Le choix de ces emplacements, le jeu des couleurs et des contrastes créent différents plans, une profondeur. Il y a aussi des interférences entre ces plans, des passages induits par les transparences, la juxtaposition des formes. Ces évènements picturaux sont avant tout formels mais quelque chose de la figuration demeure. Cette ambivalence ouvre un espace entre le nom, la fonction, les usages sociaux, symboliques, affectifs que l’on prête aux choses et leur être irréductible, isolé, innommable.

Un exemple significatif de ces évènements picturaux réside dans le traitement des bords du tableau et des bords des tables représentées dans les séries de 2000/2002, « Dialogue Â» et 2009/2010, « Tables Â». Un écho s’instaure entre la table et le tableau. Au bord du tableau : des formes coupées, à cheval entre celui-ci et un hors champ hypothétique. Au bord des tables des formes débordant ou, si l’on veut, en équilibre, formes qui dans le tableau peuvent être des lieux de passage entre les plans mais aussi entre la table et le tableau : le motif-table devient un tableau dans le tableau qui nous renvoie à l’objet-tableau lui-même.

Un même processus de pensée est à l'oeuvre dans les gravures, les peintures et les volumes. Il est visible dans le découpage et le collage à la base de toutes les compositions de l’artiste. Dans le cas des sculptures, le papier a été remplacé par un matériau rigide et mis en volume. L’aspiration à la tridimensionnalité, sensible dans les gravures et les peintures (de façon littérale dans la série des monochromes en relief 2000/2002), aboutit aux volumes, objets eux aussi en équilibre entre la représentation et ce qu’ils signifient par eux-mêmes.

Le silence occupe une place importante dans le travail d’Izabela Kowalczyk. Les pièces qu’elle produit ne résultent pas d’un questionnement à priori mais d’une recherche intuitive.  Des formes à la fois familières et étranges oscillent entre motif et objet, signe et chose, sens et non-sens.

 Florian Fernandez